Live in America (2012)

– Sanguine Hum

Par les temps qui courent, il est bien difficile de vivre de sa musique. Aussi, faut-il regorger d’inventivité pour s’attirer les faveurs de l’auditeur passionné, et SANGUINE HUM a pris le parti de financer une fraction de son nouvel album “The Weight Of The World” (parution fin Mars 2013), en proposant sur son site internet, et pour 10 euros environ, cet excellent “Live In America”.

Disons-le tout de suite : il n’y a pas tromperie sur la marchandise, car comme son nom l’indique, cet enregistrement a été capté lors du désormais incontournable ROSfest, en Mai 2012, au Majestic Theater de Gettysburg (là même où MOON SAFARI nous avait gratifié, l’année dernière, d’un double superbe opus).

Belle idée que celle de retranscrire en live les titres du dernier album, “Diving Bell”, encensé à juste titre par la critique. On y retrouve donc cinq morceaux, dont “The Trial” qui ouvre le set, ambiance mi-rock-pop, mi-jazz-fusion, et au final un moment musical plein de fraicheur.

Le morceau suivant “Cat Factory” nous emmène dans un jazz-funk-fusion instrumental proche de MEZZOFORTE, avec une ligne de basse qui n’est pas sans rappeler un Alain CARON endiablé. Il est extrait du maxi EP, “Plays The Nuns” – premier exercice discographique de SANGUINE HUM en 2009.

2009 …justement, parlons-en car il s’agit-là de l’année de naissance officielle du groupe, à Oxford. Mais il n’est que le prolongement d’ANTIQUE SEEKING NUNS, où officiaient déjà Joff WINKS (Chant, Guitare) et Matt BABER (Claviers) – membres créateurs en 2003, ainsi que Brad WAISSMAN à la basse… et du JOFF WINKS BAND, d’où est tiré le titre “Before We Bow Down” (2007).

De la période ANTIQUE SEEKING NUNS, nous retrouvons quatre morceaux, sans doute avec une touche plus Canterbury, entre jazz et rock progressif, rythmé par un Rhodes particulièrement bien placé (“Double Egg”), nous amenant même vers la sérénité absolue (“Son of Bassoon”). Et penchez-vous sur “Earth Song With One Sugar”, vous y verrez ressurgir les ambiances canterburiennes de CARAVAN.

En revenant à l’ère SANGUINE HUM – notamment sur les reprises de “Diving Bell” – la voix de Joff WINKS, nous rappelle dans ses intonations celle de Geddy LEE (mais, au risque de me faire des ennemis, en moins criarde – car celle du chanteur de RUSH a tendance à m’horripiler), notamment sur “The Ladder”. Cependant, mon morceau préféré reste le subliminal “Nothing Between Us”, dont la partie introductive évoque les ambiances nostalgiques des bals perdus de notre passé (je vous laisse trouver la référence initiée par cet immense acteur français disparu beaucoup trop tôt).

A noter que le groupe nous offre également un avant-goût du nouvel album, avec “Dérision” : arpèges de guitare, atmosphère doucereuse, une intro structurée comme Neal MORSE sait si bien le faire – puis un refrain plus pop-rock, à la manière d’un RADIOHEAD un peu plus prog!

Pour conclure, je dirai que cet album est en tout point remarquable. Je le conseille vivement aux amateurs de “Diving Bell”, car, outre la réinterprétation live de certains titres de ce magnifique opus, il permet de comprendre – en allant fouiller dans sa période de gestation – pourquoi SANGUINE HUM est devenu ce qu’il est, et pourquoi il va devenir encore plus grand!!!